Métro parisien. Jour ordinaire, gens ordinaires, "je" ordinaire. Chaleur étouffante. Comme tous les étés. Les pneus grincent, les crochets d'attelage s'entrechoquent, les portes s'ouvrent. Je pénètre dans le wagon. Place libre. Je m'assieds. A l'opposé, sur la banquette attenante, un homme. Penché vers l'avant. Ses yeux ne sont que deux fentes. A peine ouvertes sur le monde. Contre son bras, comme une excroissance, un petit tube. Plastique noirci. Par la fumée. Par la mort qui s'inhale. Par la vie qui s'exhale. Ses ongles, pinces, étaux, outils, coupent, grattent, écorchent, émiettent sa drogue. C'est un fumeur. De crack. La chair de ses avant-bras est marquée. Toiles d'araignées cicatricielles. Impacts d'auto flagellation. Violence du manque, permanence de la dépendance, perdition de l'âme en errance. Sur l'oreille, une cigarette, bien calée. Et le corps. Courbé. Une esse. Autour de lui, malgré lui, c'est la vie. Des voyageurs passent. S'arrêtent, se rendent compte, et fuient. Des enfants s'assoient, aussitôt repêchés par leurs parents horrifiés, aussitôt éloignés. Lui. Ne bronche pas. Ne bouge pas. S'en fout. Les pneus grincent, les crochets d'attelage s'entrechoquent, il se lève. Corps massif. Il le trimballe comme un sac trop lourd. Les portes s'ouvrent. Il sort. Sur la banquette, des particules de sa came, éparpillées. Comme sa vie. Une femme prend place et balaie le tout d'un geste de la main. Les particules s'évaporent, frôlent l'envol mais tombent, sur le sol. Comme lui.