giorgino

Non-sens

Va-où ? © Bruno Foret

J’ai dans la tête de petits êtres... Qui poussent
Volant mes "je" et mes "peut être"... Ils poussent
Grignotant du terrain, Ils sont chagrins pour moi
Et mon esprit repart en guerre...
Entérinant ma fin, Ils sont chacun pour moi
Bien plus sauvages que naguère...

Dans les recoins de ma mémoire... Ils fouillent
Les meurtrissures de mon histoire... Ils foulent
Récoltant mes douleurs, Ils prennent corps en moi
Ma volonté vole en poussière...
Cristallisant mes peurs, Ils se raccordent en moi
En particules nourricières...

Bien que la sève de mes désirs... S’écoule
C’est dans leurs veines que je m’inspire... Et coule
Menaçant ma quiétude, Leurs humeurs sont en moi
Les grains de folie prolifèrent
Violant ma solitude, Leurs rumeurs sont en moi
Le délire enfin légifère...

Abandonner mes sens au profit des nuisances
A chuter sans tomber l’on se voit condamné aux cruelles souffrances des attaques sans défense
Qu’à présent soient lâchées mes personnalités
Et sous leur morsure, le moi se fracture
La voix devient multiple, la raison est disciple d’étranges césures qu’en vain je censure
La mort ensemencée la faux libère l’ivraie.


© Bruno Foret

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Mausolée

Monoduel © Bruno Foret

De sa grisaille nue le ciel me contemplait
Aux voluptueux nuages ma silhouette accrochait
Futile ombre chinoise aux fragiles pensées
Flammèche encore vivante que la nuit vient souffler.

Sur un rocher frappé de langoureux tumultes
De vagues passionnées qu’un coup de vent exulte
Mon regard s’est échoué, aux embruns s’est mêlé
Vers cet écrin perlé mes pas il a guidé.

Aux caprices de l’âme ma raison j’ai léguée
Le vide est un délice pour corps abandonnés
Dans un dernier élan de ma vie j’avortais
Sur la proue de granit mes os je dispersais.

Une mosaïque d’eau déroule mon linceul
Et l’écume dorée referme mon cercueil
L’océan se déplie en vagues empourprées
De ma chair abîmée je le fais messager.




Quand la mer se dénude vers de vagues horizons
Comme une femme prude tire sur ses jupons
Ma demeure est immense, les chemins effacés
Falaises en tremplins, rochers en lit douillet

Bruno Foret

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A Côté...

...

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Une Vie...

La Noce © Bruno Foret

Il est des instants
Où le pas se fait grand
Où la morsure du temps
N’est plus du présent
Un coup d’œil en arrière
Les pensées éphémères
On remet le couvert
Sur une vie de lumière.

Il est des moments
Où le cœur est amant
Où le corps est content
Mais déjà plus présent
Un regard en arrière
A des années-lumière
On dessert le couvert
D’une vie éphémère.

J’ai désiré
Plus que de raison,
Déraisonné
Par trop de passion.
Aimé l’amour
En vivant ma vie,
Vécu l’amour
En aimant la vie.


Il est des regards
Que l’on croise sans voir
Et puis ceux d’un soir
Qui redonnent espoir
Quand on dit "Je t’aime"
Dans ses larmes pleines
On monte sur scène
La vie en baptême.

Il est des retards
Qu’on ne peut savoir
Tant c’est dérisoire
D’être au désespoir
On ne sort indemne
D’un nouveau baptême
On démonte la scène
D’une vie déjà pleine.

Bruno Foret

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Jusqu'à dix... (acte 4)

Julien ne se souvenait plus précisément comment il était remonté dans la barque, ni combien de temps il était resté allongé. Une heure ? Deux ? Par bribes lui revenaient à l’esprit des images d’un long rêve ponctué de visions dantesques, de mots déracinés, de fiévreuses lamentations.

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Jusqu'à dix... (acte 3)

Rendu fou de désespoir, Julien s’arrachait les ongles dans les interstices des planches, ignorant la douleur des échardes de bois pénétrant sa chair. Au loin grondait le moteur du ferry reliant Belle-Ile en mer à Quiberon. Son ronronnement sourd, rassurant, terriblement banal, arracha un soupir d’impuissance à Julien.

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Jusqu'à dix... (acte 2)

Le vieux logeait dans la maison grise, au pied du phare. Celui-ci bravait les tempêtes au milieu d’une langue de terre aride perpétuellement balayée par les vents. Une herbe rase ondulait sur le plateau rocheux, accueillant quelques plumes duveteuses dont la blancheur contrastait avec le sol monochrome comme autant d’étoiles dans un ciel clair. Souvent, une forte bourrasque modifiait ce paysage lunaire en envoyant valser la constellation de plumes.

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Jusqu'à dix...

Voici une photo prise cet été dans le joli port de Sauzon, à Belle-Ile en mer. Je regardais cette photo, me demandant si j'allais la publier sur mon blog, quand je me suis laissé submerger par des images nées de mon imagination. Comme les perles d'un collier, des "visions" se sont empilées en mon esprit, formant peu à peu une histoire qui restait floue mais dont j'avais envie de prolonger l'existence sur le papier. N'écoutant que mon courage, j'ai commencé aujourd'hui à articuler les premières phrases, laissant venir à moi les mots comme ils le souhaitaient. C'est l'état que je préfère, une sorte d'écriture automatique, hypnotique. Je ne maîtrise rien, je me fais "porte-parole". J'avais décidé de vous livrer ce soir le récit né de cette photo, mais le texte s'est avéré un peu plus long qu'initialement prévu. Je vais donc le scinder et vous faire découvrir, sur 2 ou 3 jours, l'histoire de cette barque depuis longtemps oubliée.

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Imaginaire...

Bruno Foret - ado

Je suis retourné dans cette vieille église au clocher si usé que les vents font chanter.
Un sentiment puissant que le passé attise, en mes yeux fait briller un bonheur retrouvé.
Les sermons du curé, mon esprit vagabond, peu à peu transformait en one man show rodé.
La soutane qu’il portait en homme pudibond, à mon regard osé de strass se parait.

J’ai retrouvé le banc de mon ancienne école sur lequel j’ai passé bien trop d’heures à rêver
Que l’espace d’un instant la maîtresse était folle, sur les tables elle dansait, un rien déshabillée.
Le préau abritait sous une pluie chagrine des lutins bienveillants et autant de géants.
C’est un beau jour pourtant que la fée Colombine, à l’ombre du pommier, m’a donné un baiser.

C’est dans un mur sali par un lichen gris que mes doigts ont trouvé cette lettre froissée.
Par delà les tourments qui ont voilé ma vie, le temps était gardien de cet unique bien.
D’une écriture habile, comme un dernier aveu, le message était clair, une bouteille à la mer.
A l’homme que je suis j’avais émis le voeu que d’aucune manière s’éloigne l’imaginaire.

Petit giorgino ado, sur la photo...

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Toni Chaussure

Le rôdeur © Bruno Foret

Bonjour.
Y’avait un fossé dans l’jardin, que papa y creusait, mais maman l’a bouché.

Je m’appelle Toni. Toni Chaussure. C’est les gens du village qui m’ont donné ce nom, parce que j’ai toujours qu’une seule chaussure à un pied, le gauche. J’ai treize ans et la moitié d’une année.
Comme j’suis gros, les gens du village me disent "gras du bide" quand je marche. Comme j’ai la voix grave, les enfants des gens du village me disent "gras d’la voix" quand je parle. Et comme j’suis bête, tout l’monde au village me dit "gras d’la tête".

Y savent pas que j’suis pas Toni Chaussure mais Toni Balminia, du nom d’mon papa. Mon papa qui creusait l’fossé dans l’jardin et qu’est toujours rouge, parce qu’il est gros comme moi, et méchant aussi. C’est parce qu’il aime pas être tout rouge qu’il a puni maman, l’aut’jour.
Elle avait mis la bouc’ d’oreille que lui il aime pas, parce que comme ça, elle a l’air d’une pute. Et qui elle va voir ? Où elle croit aller fringuée comme une moins que rien ? Ca va pas s’passer comme ça ! Il a dit tous les mots interdits que j’ai pas droit de dire. Et il l’a punie. Plus fort que d’habitude. Et maman elle criait même qu’elle a eu le hoquet quand papa il tapait. Et moi j’avais les mains sur les oreilles pour pas entendre tous les cris qu’y faisaient avec leurs bouches. Papa il criait plus fort qu’elle parce que c’est qu’une sale trainée. Et elle a pas fini d’gueuler comme ça?

A sa place, je l’aurais pas puni maman. Je lui aurais dit qu’elle est belle comme ça, avec sa bouc’ d’oreille. Mais papa il est rouge, et il aime pas ça. Et maman non plus. C’est pour ça qu’elle est venue dans ma chambre, l’aut’jour, après sa punition. Elle aussi elle était rouge. Elle faisait les bruits de quelqu’un qui pleure mais elle avait pas de larmes. Elle avait du truc qui colle sur les joues, ce truc rouge qu’on a dans nous et qui faut pas perdre sinon on va au paradis. Je sais qu’ça coule quand on a très mal. Je l’sais parce que papa y m’en fait souvent couler plein sur moi aussi, quand je fais la voix qu’il aime pas.
Et puis, maman elle m’a serré sur elle. Faut pas désespérer Toni, qu’elle a dit. Oui, c’est ça qu’elle a dit même que j’ai pas tout compris. Elle m’a embrassé tout mouillé sur la tête et mets ta chaussure, Toni. Va au village, c’est la fête là bas qu’elle a dit.
Moi j’aime bien quand c’est la fête. Y’a les gens du village qui sont gentils parce qu’y rigolent avec toutes leurs dents quand y me voient. J’étais content de partir parce qu’y avait maman à la maison qu’était toujours rouge mais qu’était froide dedans, et moi, ça m’a fait peur. Alors j’suis parti, avec ma chaussure au pied gauche.

Sauf qu’y avait pas la fête au village. Y’avait que les gens et les enfants qui m’disaient gras du bide, t’es moche, et gras d’la voix, où t’as mis ta chaussure ? et aussi gras d’la tête parce que j’suis bête. Y’avaient pas leurs dents qui rigolaient alors j’suis revenu. Et j’ai senti l’odeur. Une odeur de goudron. Sauf qu’y avait pas d’goudron, mais l’odeur elle, elle y ressemblait. Maman était là. Elle était plus rouge mais elle était toujours froide à l’intérieur. Elle avait mis sa bouc’ d’oreille que papa il aime pas. Oh la la j’ai fait en secouant ma main très fort. J’avais peur de papa qui ferait couler le truc rouge sur toute maman en tapant dessus.
Mais papa il a pas puni maman. Parce qu’il était pas là papa. Ni jamais après. Il est jamais revenu papa. Ca m’a fait drôle parce que je l’ai pas vu partir, comme maman m’avait dit d’aller au village.
J’ai toujours pas compris pourquoi y’avait l’odeur de goudron, mais j’suis bête. J’crois que j’ai confondu avec l’odeur de ciment. Le ciment qu’est frais et qui fait des traces quand les oiseaux y marchent dedans. Y’en avait plein dans l’fossé que papa y creusait. C’est maman qui l’a bouché.

© Bruno Foret (alias giorgino)

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