Difficile «d’être» quand, seconde après seconde, la douleur enfle, se matérialise, devient sang à la place du sang, corps à la place du corps... L’esprit s’emmêle en même temps. Pas grand chose à faire sinon d’attendre, encore, que la vie se libère, que l’énergie circule de nouveau.
Je m’accroche, j’essaye de tenir le coup, je n’ai d’autre pensée qu’une guérison improbable. Dans mes veines coule désormais un fluide acide, un poison mortifère coagulant peu à peu ma volonté de vivre. L’hémorragie est inévitable. Mes passions, mes envies, mes plaisirs ont déserté mes artères et les mots, dont la mécanique simple articulait mes jours, se sont disloqués. La concentration, l’écriture, la parole même, tout s’est dérobé, escamoté, rogné. Depuis je recolle des fragments de moi.
Pourtant, ce début de blog est une victoire en soi. Il y a quelques mois, j’aurais été incapable d’aligner deux phrases cohérentes, et le fait d’accoucher d’une seule ligne de texte m’aurait fait souffrir le martyr. J'ai voulu fuir ce qui peu à peu me tuait, comme si la fuite ne donnait plus de corps à la douleur qui s'installait. Mais ce n'était qu'illusion. La douleur est restée, s'est nourrie de ce qui me constituait depuis toujours, ma pudeur, mes peines, ma fragilité.
Pour me sortir des machoires de l'étau, j'ai déposé ma souffrance sur le carrelage aseptisé d’une clinique privée. La médecine a vite collé ses étiquettes sur mon cas, et à coup de traitement on «m’illusionne». Merci, je vais mieux. Mais dans le fond, suis-je dupe ?