Vendredi 3 Fevrier 2006
Clouds on the world
Par giorgino, Vendredi 3 Fevrier 2006 à 15:31 GMT+2 dans Bribes de vie
L'un des petits bonheurs fugaces que j'éprouve lorsque je termine la lecture d'un bouquin, c'est la perspective d'en commencer un autre. N'y voyez pas l'expression d'une boulimie non refrénée mais plutôt la recherche de ce frisson intense mariant plaisir et curiosité. Croiser d'autres regards, mêler d'autres destins au mien, m'enivrer de mots, me balader à l'orée d'un autre imaginaire. C'est l'exaltation des sens qui guide mes doigts vers de nouvelles pages à effleurer.
Comme pour le cinéma, en matière de littérature, j'ai des goûts plutôt éclectiques, détestant définitivement le cloisonnement, les ghettos (intellectuels ou autres), et la dictature de l'Unique-Savoir-Aimer. Seule l'émotion façonne mon jugement.
J'ai donc tourné hier soir la dernière page du livre de Stephen Baxter, "Evolution" (un gros pavé de science-presque-fiction assez étonnant) et j'ai hésité longuement sur le prochain ouvrage qui allait m'accompagner lors de mes trajets quotidiens, lors de mes soirées pause-lecture. Finalement, "La petite fille de Monsieur Linh" de Philippe Claudel est allée se reposer sur mes étagères le temps pour moi de regarder par les fenêtres du "Windows on the World" de Frédéric Beigbeder. Je n'ai jamais rien lu de cet auteur, ma connaissance du personnage se limitant à ses apparitions médiatiques un peu fumeuses et à sa plume décalée dans l'inénarrable "Voici". Rien de bien transcendant à vrai dire.
La tragédie du 11 septembre 2001 étant encore une plaie douloureuse en moi (ne me demandez pas pourquoi, je ne le sais pas moi-même), j'ai picoré, un peu perplexe, les citations distillées au début du roman. Pourtant, dès les premières pages, je fus happé par le style, l'intelligence, et la justesse des mots. Déjà, la rémanence de quelques phrases vient imprégner mon esprit de sensations diffuses. Je ne pourrais vous en dire plus, puisque je m'éveille à la lecture de ce livre. L'ayant refermé ce matin sur ces vers d'un poème de Whitman, je tenais à les partager avec vous :
"Nuages je suis monté au milieu de vous pour me rendre aux continents lointains et descendre avec vous, en pluies précises,
Souffles du vent j'ai soufflé en même temps que vous,
Et vous, vagues, semblablement j'ai caressé avec vos doigts liquides les rives les plus reculées,
J'ai parcouru la route que parcourent toutes les rivières, tous les canaux du globe,
Je me suis tenu debout au promontoire des péninsules et depuis les hautes tables rocheuses j'ai crié :
Salut au monde !"





