giorgino

Au fil des limbes

Mort © Bruno Forêt

Dis, quand viendras-tu me chercher ?
T'ai-je tant désiré que je ne saurai même plus te reconnaître, à l'heure où tu te faufileras à mon chevet ?
Derrière ce voile amer que tu fais glisser sur ma vie, sauras-tu m'adresser un dernier sourire ?
Dis, seras-tu, jusqu'à l'ultime inspiration, maîtresse de mon destin ?

Au cœur de l'immensité limbique dans laquelle tu souhaites me perdre, m'aideras-tu à retrouver la voie, mon Ariane aux désirs labyrinthiques ?
Dis, quand viendras-tu me chercher ?

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L'enfance, ma muse

Anna © Bruno Forêt

Si j'avais su l'absence que le Temps sans clémence inflige à mes sens, si j'avais su l'influence que les liens de l'enfance insufflent à ma conscience, si j'avais su les carences que le manque de confiance greffe à mon existence, jamais je n'aurais lâché la main de l'enfant que je fus.
Et pourtant je continue de semer, dans le substrat de ma vie, les graines de l'innocence.
Au fil de mes photos germent encore, ça et là, la candeur et la fraîcheur de mes premiers regards.

Quand un enfant s'émerveille, c'est tout un monde qui se découvre.

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Ecrin

Phèdre © Bruno Forêt

Qu'il nous soit donné de voir, au creux de nos mains, la beauté de toute chose.
Qu'il nous soit possible de caresser, des vallons de nos paumes, la soie de la vie.
Qu'il nous soit accordé le temps, avant de refermer les poings, de recueillir le souffle de l'essentiel.

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En route vers l'inconnu

De la route au ciel © Bruno Forêt

Année nouvelle, route inconnue, véhicule de nos passions, de nos errances, de nos vies. Au détour d'un virage, l'espoir, l'incertitude, la découverte, la mort, le renouveau, et toujours le même chemin à suivre.

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A B.

Chrystoval © Bruno Forêt

Je pense à toi, dormant au royaume des morts. Je pense à toi si souvent. Je pense aux mots que je n'ai su libérer alors que la parole aurait pansé tes plaies. Je pense à ces instants idiots que l'on encombre de vacuité et qui restent éternellement vides lorsque l'autre nous a quitté. Je pense au sort bien malicieux qui glisse sur nos petites destinées et qui fait qu'un jour ou l'autre l'on se retient, et qui fait qu'un jour ou l'autre l'on s'éteint.

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Les insomnies de nono (part 2)

Le rôdeur © Bruno Forêt

19 heures... Ouf, maison... Fatigué après une nuit d'insomnie... Mmmm dodo tôt... Driiiinnnggg..."Allo, çavaouiettoiqu'estcequetudeviens ?"... Blablablablabla... "Allez passe nous voir"...Gniaaa, ok d'accord mais vite fait parce que fatigué pas dormi etc... Blang blang blang, XX@@### de métro... Teuf teuf teuf monter escaliers... Ding Dong "Saaaaaalllllluuuuttttttt nono"... Smack smack... Blablabla... Glouglou... Blablabla... Miam miam... Tic tac minuit... Ouh la la supeeerrr tard dodo fatigué pas dormi... Smack smack... "Allllleeeeez sallluuuuuutttt"... Bla bla bla... Smack smack... Tic tac minuit trente... Gniaaa dernier métro... Teuf teuf courrir... Blang blang blang, ouf dernier métro... Teuf teuf monter escaliers... "Bruuuuuunnnnooooooooo !!! Coooollll. Allez viiiennnnsss boire un verre"... Grumpf vite fait parce que fatigué pas dormi... Smack smack... Blablabla... Glouglou... Tic tac une heure... Gniaaa super tard vaispartirparcequelàc'estpaspossiblesuistropnazeçavapaslefairedemainauboulot... Smack smack... Blablabla... Smack smack... Tic tac deux heures, jboiiiing : mon LIT !... Glagla trop froid remonter draps... Tic tac trois heures... Pfiou trop chaud enlever draps... Tic tac quatre heures... Blablabla pensées pensées pensées... Gniiiiaaa... Tic tac cinq heures... Ouh lala super tard faitchiercespenséesdem... Tic tac six heures... Oh salut Morphée, ça va ?... Smack smack dodo... Zzzzzzzzz... Driiiinnngg... Sept heures...
Gniiia ???

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Ecouter la lumière...

Ecouter la lumière © Bruno Forêt

La Nature est d'une richesse infinie. Grâce à elle, mes sens se brouillent.
Et quand j'appuie sur le déclencheur de mon appareil photo, j'écoute la lumière, je m'éblouis aux sons, je respire ce qu'elle m'inspire.

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Rien du tout

Propriété privée © Bruno Forêt

Récemment, l'air de rien, j'ai fini par accepter de ne plus me considérer comme un moins que rien. Ce non-événement étant suffisamment important pour moi, j'avais donc décidé de renommer mon blog "Le Blog du Rien". Mes articles faisant sans cesse écho à ces petits riens quotidiens qui ne mènent à rien, je trouvais ce nouveau nom un rien approprié. Rien qu'à y songer, je sentais une vague d'excitation envahir mes riens… euh, pardon : mes reins !
Bref, l'idée me plaisait et il ne me manquait plus rien pour achever mon projet. Si ce n'est que tout à coup, en tournant les pages virtuelles de mon blog, je pris conscience que celui-ci parlait de tout. Tout ce qui m'obsède tatouait l'épiderme de mes posts, tous mes maux tabous étant surtout de formidables atouts pour évoquer toujours les tourbillons insensés de ma vie-toupie. Risquant le tout pour le tout, je songeais alors à renommer mon blog "Le Blog du Tout", mais le tout petit soupçon de prétention contenu dans ce titre toucha désagréablement mon humilité. Tout à mon intense dilemme, je sentais une vague d'énervement s'exprimer dans mon tout… euh, pardon : ma toux !
Il me fallait choisir : c'était "tout" ou "rien".
Finalement, mine de rien, toute la vérité s'imposa à moi. Il me fallait conserver son nom à mon blog.
Ainsi, je pourrais tranquillement continuer à y déposer ces "tout" petits "riens" qui me constituent.

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Buzz Buzz

L'esprit un peu cotonneux, légèrement grisé par quelques verres de vin, j'attends mon métro qui se fait désirer. Toujours cette horripilante ligne 2. La bleue. La lente. La désespérante. Déjà, lorsque je prenais mes cours de Yoga à Belleville, je devais patienter dix bonnes minutes avant de voir arriver la rame (zen, bruno, zen). Dix minutes, ce n'est pas grand chose, sauf que ces 10 minutes là s'ajoutaient fatalement à mes 10 minutes de retard réglementaire. Et puis, attendre 10 minutes sur un quai, c'est dix fois plus de risques de se faire agresser par une mamie en folie, dix fois plus l'occasion de compter dix fois plus de souris batifolant sur les rails, dix fois plus l'envie de partir élever des chèvres dans le Larzac, dix fois plus le désir psychotique de shooter dans les haut-parleurs scandant d'une voix nasillarde qu'il faut faire attention à ses effets personnels. Je fais ce que je veux de mes effets personnels d'abord !
Mon métro débarque enfin. Je vais pouvoir m'éloigner de ce gars un peu louche qui vient de passer son temps à cracher et expulser son mucus nasal en prenant soin de badigeonner ses humeurs visqueuses sur les rampes de tous les escaliers... Sympa ! Pourquoi faut-il toujours que les mecs les plus dégueulasses se frayent un chemin jusqu'à moi ? J'attends qu'il choisisse son wagon pour monter dans un autre. Je mets de la distance entre ses fluides et moi (on n'est jamais trop prudent).
Enfin tranquille, je m'assieds sur une large banquette couleur chocolat fondu et m'apprête à rebondir joyeusement entre deux cahots quand je suis soudainement extirpé de mes rêveries alcoolisées par des cris sauvages. Me tordant le cou au risque d'attraper le torticolis du siècle, je tente de comprendre d'où provient la source de ces barrissements. Point d'éléphants en vue, juste un groupe d'américains et caines qui s'ébattent bruyamment, agitant leur corps tuba dans des ponchos jaunes siglés Eurodisney. Pourquoi faut-il toujours que les touristes les plus "animés" viennent s'animer derrière moi ?
Pour me venger, je jette dans mon carnet les "@@xxkfhgh@@" et les "XX&##&$$@" que ne manquent pas d'éveiller en moi les agissements de mes furieux voisins. Et pour me consoler, je repense à la délicieuse soirée passée en très agréable compagnie. Une petite danse des saveurs a su réveiller l'ardeur de mes papilles gustatives. Le caviar d'avocat a précédé le suprême de rouget aux spaghettis de légumes. Le tout fut magnifiquement conclu par un délice de pêches marinées au vin rouge et relevées à la menthe. Croyez-moi, j'ai fait honneur aux plats, tout en écoutant mon aimable hôte me parler de ses passions, me confier la foi en ses nouveaux projets, évoquer quelques jalons de sa vie. Un grand merci à Buzz Buzz pour ce très beau et très bon dîner.

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Mortel plongeon

Mortel plongeon © Bruno Forêt

Métro parisien. Jour ordinaire, gens ordinaires, "je" ordinaire. Chaleur étouffante. Comme tous les étés. Les pneus grincent, les crochets d'attelage s'entrechoquent, les portes s'ouvrent. Je pénètre dans le wagon. Place libre. Je m'assieds. A l'opposé, sur la banquette attenante, un homme. Penché vers l'avant. Ses yeux ne sont que deux fentes. A peine ouvertes sur le monde. Contre son bras, comme une excroissance, un petit tube. Plastique noirci. Par la fumée. Par la mort qui s'inhale. Par la vie qui s'exhale. Ses ongles, pinces, étaux, outils, coupent, grattent, écorchent, émiettent sa drogue. C'est un fumeur. De crack. La chair de ses avant-bras est marquée. Toiles d'araignées cicatricielles. Impacts d'auto flagellation. Violence du manque, permanence de la dépendance, perdition de l'âme en errance. Sur l'oreille, une cigarette, bien calée. Et le corps. Courbé. Une esse. Autour de lui, malgré lui, c'est la vie. Des voyageurs passent. S'arrêtent, se rendent compte, et fuient. Des enfants s'assoient, aussitôt repêchés par leurs parents horrifiés, aussitôt éloignés. Lui. Ne bronche pas. Ne bouge pas. S'en fout. Les pneus grincent, les crochets d'attelage s'entrechoquent, il se lève. Corps massif. Il le trimballe comme un sac trop lourd. Les portes s'ouvrent. Il sort. Sur la banquette, des particules de sa came, éparpillées. Comme sa vie. Une femme prend place et balaie le tout d'un geste de la main. Les particules s'évaporent, frôlent l'envol mais tombent, sur le sol. Comme lui.

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Pêle mêle

Pêle-mêle © Bruno Forêt

Entraver les idées,
Enchevêtrer la moindre pensée,
Emmêler les fils de la logorrhée,
Délier le cœur de ses inégalités
Mais toujours dénouer.
Ne pas laisser les flots de l'intempérance anxieuse s'offrir une attache, un ancrage, une amarre dans le port des envies délictueuses.
Ne pas lésiner sur les mots pour dire merci à ceux qui offrent une écoute, un temps, une présence infiniment précieuses.

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Cache cache

Vertèbres © Bruno Forêt

Pensées surjetées sur mon cahier d'écolier. L'écriture est un masque. Les effets de style sont de bien belles impostures qui permettent de cacher sous une rhétorique imagée l'implacable vérité qu'on ne saurait dévoiler. Quand les mots se font parures, le déguisement du quotidien est un peu plus seyant.

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L'âme vague

Mur murs © Bruno Forêt

Le métro brinquebalant déversait ses grappes de touristes à la station Pigalle. Absorbé par la lecture du journal intimidant d'un jeune auteur canadien, j'ignorais les regards désabusés, les soupirs en coin et les corps terrassés par la chaleur. Peut être à cause d'un mot au détour d'une ligne, d'un grain sur le papier ou peut être à cause de rien, j'interrompais un court instant ma lecture et laissais vagabonder mon regard le long des chromes fatigués de mon wagon métropolitain. Quand soudain, sans y penser, sans prévenir, une phrase vint s'échouer sur le rivage de mon vagabondage :

"Ce qui m'a rendu fou, c'est de croire que je ne l'étais pas."

J'aime ces phrases qui viennent se poser, inopinément, à la surface de l'esprit, troublant la clarté des pensées comme autant de ronds dans l'eau. Elles font rouler les mots, petits galets polis dans le lit des émotions, sans aucune raison apparente. Elles mènent leur propre vie, indépendantes. Libérées des contraintes de la réflexion, elles sont sources d'imagination.
Cette phrase m'a plu.
Je l'ai capturée dans les filets de ma mémoire, l'arrachant pour une brève éternité aux flots continus de mes pensées dérisoires.

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L'après... enfin !

Comment faire durer le suspens ?
En ne dévoilant rien sur mon blog.
En laissant à Sté le soin de tout vous révéler sur le sien.
En détournant votre attention et en vous narrant ma petite journée "at home", partagé entre boulot sur ordinateur, rendez-vous pour futur-boulot et lessivage de murs en vue d'un week-end travaux.
En vous parlant de la pluie et du beau temps… surtout du beau temps qui semble s'immiscer en ce début d'été timide.
En me retenant de vous dire que vos ondes ont été plus que positives et que j'ai bien fait d'être superstitieux… ;-)
En croyant au pouvoir des mots et en celui des petites bulles d'une boisson très connue portant le nom d'une région de France.
Je crois que le suspens est à son comble, non ?

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La fin... enfin !

Mémoire © Bruno Forêt

Sté, l'homme aux multiples facettes qui se fait aussi appeler Pagan Poetry, présentera son mémoire demain.
Si j'étais un tantinet superstitieux, je posterais un article sur mon blog pour l'encourager, histoire de multiplier les ondes positives à son égard. Je l'illustrerais d'une photo prise à Lyon, que j'aurais au préalable griffée de ratures, de lignes d'écriture, et je reprendrais le titre de son billet consacré à la fin de sa dissertation. Si j'étais superstitieux.
J'en profiterais aussi pour lui dire qu'il a amplement mérité de voir s'accomplir ses rêves. Six années d'efforts, de sacrifices et de travail ne peuvent aboutir qu'à la pleine réalisation de ses vœux les plus chers.
Si j'étais superstitieux, j'irais au cinéma voir le même film que lui, au même moment, lui à Lyon, moi à Paris. Je lui laisserais un message sur son répondeur pour lui dire de bien se reposer, de ne pas se laisser embarquer par le stress et que les étoiles brillent dans son ciel de vie. Si j'étais superstitieux, je croirais au pouvoir des mots.

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