giorgino

Buzz Buzz

L'esprit un peu cotonneux, légèrement grisé par quelques verres de vin, j'attends mon métro qui se fait désirer. Toujours cette horripilante ligne 2. La bleue. La lente. La désespérante. Déjà, lorsque je prenais mes cours de Yoga à Belleville, je devais patienter dix bonnes minutes avant de voir arriver la rame (zen, bruno, zen). Dix minutes, ce n'est pas grand chose, sauf que ces 10 minutes là s'ajoutaient fatalement à mes 10 minutes de retard réglementaire. Et puis, attendre 10 minutes sur un quai, c'est dix fois plus de risques de se faire agresser par une mamie en folie, dix fois plus l'occasion de compter dix fois plus de souris batifolant sur les rails, dix fois plus l'envie de partir élever des chèvres dans le Larzac, dix fois plus le désir psychotique de shooter dans les haut-parleurs scandant d'une voix nasillarde qu'il faut faire attention à ses effets personnels. Je fais ce que je veux de mes effets personnels d'abord !
Mon métro débarque enfin. Je vais pouvoir m'éloigner de ce gars un peu louche qui vient de passer son temps à cracher et expulser son mucus nasal en prenant soin de badigeonner ses humeurs visqueuses sur les rampes de tous les escaliers... Sympa ! Pourquoi faut-il toujours que les mecs les plus dégueulasses se frayent un chemin jusqu'à moi ? J'attends qu'il choisisse son wagon pour monter dans un autre. Je mets de la distance entre ses fluides et moi (on n'est jamais trop prudent).
Enfin tranquille, je m'assieds sur une large banquette couleur chocolat fondu et m'apprête à rebondir joyeusement entre deux cahots quand je suis soudainement extirpé de mes rêveries alcoolisées par des cris sauvages. Me tordant le cou au risque d'attraper le torticolis du siècle, je tente de comprendre d'où provient la source de ces barrissements. Point d'éléphants en vue, juste un groupe d'américains et caines qui s'ébattent bruyamment, agitant leur corps tuba dans des ponchos jaunes siglés Eurodisney. Pourquoi faut-il toujours que les touristes les plus "animés" viennent s'animer derrière moi ?
Pour me venger, je jette dans mon carnet les "@@xxkfhgh@@" et les "XX&##&$$@" que ne manquent pas d'éveiller en moi les agissements de mes furieux voisins. Et pour me consoler, je repense à la délicieuse soirée passée en très agréable compagnie. Une petite danse des saveurs a su réveiller l'ardeur de mes papilles gustatives. Le caviar d'avocat a précédé le suprême de rouget aux spaghettis de légumes. Le tout fut magnifiquement conclu par un délice de pêches marinées au vin rouge et relevées à la menthe. Croyez-moi, j'ai fait honneur aux plats, tout en écoutant mon aimable hôte me parler de ses passions, me confier la foi en ses nouveaux projets, évoquer quelques jalons de sa vie. Un grand merci à Buzz Buzz pour ce très beau et très bon dîner.

Vos commentaires

1 Le Vendredi 11 Aout 2006 à 01:27 GMT+2, par Buzenval

Si la nourriture est un bon moyen de révéler le talent du jeune écrivain, je serai prêt à devenir l'esclave du fourneau. A votre service, monsieur.

2 Le Lundi 14 Aout 2006 à 01:10 GMT+2, par Henri-Pierre

Quand je pense Bruno que ce petit insolent de Buz-Buz a parlé d'une mlarie-Antoinette cuisinière dans son blog...
Y aurait'il aussi des Tseu-Xi des fourneaux ?
Cela dit je suis d'accord avec toi : une soirée en compagnie de ce délicieux compagnon abolit les mille et un désagréments du quotidien.
Et puis, Buz-Buz vaut bien une rame...

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