L'âme vague
Le métro brinquebalant déversait ses grappes de touristes à la station Pigalle. Absorbé par la lecture du journal intimidant d'un jeune auteur canadien, j'ignorais les regards désabusés, les soupirs en coin et les corps terrassés par la chaleur. Peut être à cause d'un mot au détour d'une ligne, d'un grain sur le papier ou peut être à cause de rien, j'interrompais un court instant ma lecture et laissais vagabonder mon regard le long des chromes fatigués de mon wagon métropolitain. Quand soudain, sans y penser, sans prévenir, une phrase vint s'échouer sur le rivage de mon vagabondage :
"Ce qui m'a rendu fou, c'est de croire que je ne l'étais pas."
J'aime ces phrases qui viennent se poser, inopinément, à la surface de l'esprit, troublant la clarté des pensées comme autant de ronds dans l'eau. Elles font rouler les mots, petits galets polis dans le lit des émotions, sans aucune raison apparente. Elles mènent leur propre vie, indépendantes. Libérées des contraintes de la réflexion, elles sont sources d'imagination.
Cette phrase m'a plu.
Je l'ai capturée dans les filets de ma mémoire, l'arrachant pour une brève éternité aux flots continus de mes pensées dérisoires.
Par giorgino, Lundi 31 Juillet 2006 à 10:55 GMT+2 dans Bribes de vie (article, RSS)





