giorgino

Clouds on the world

Nuages de béton © Bruno Forêt

L'un des petits bonheurs fugaces que j'éprouve lorsque je termine la lecture d'un bouquin, c'est la perspective d'en commencer un autre. N'y voyez pas l'expression d'une boulimie non refrénée mais plutôt la recherche de ce frisson intense mariant plaisir et curiosité. Croiser d'autres regards, mêler d'autres destins au mien, m'enivrer de mots, me balader à l'orée d'un autre imaginaire. C'est l'exaltation des sens qui guide mes doigts vers de nouvelles pages à effleurer.

Comme pour le cinéma, en matière de littérature, j'ai des goûts plutôt éclectiques, détestant définitivement le cloisonnement, les ghettos (intellectuels ou autres), et la dictature de l'Unique-Savoir-Aimer. Seule l'émotion façonne mon jugement.
J'ai donc tourné hier soir la dernière page du livre de Stephen Baxter, "Evolution" (un gros pavé de science-presque-fiction assez étonnant) et j'ai hésité longuement sur le prochain ouvrage qui allait m'accompagner lors de mes trajets quotidiens, lors de mes soirées pause-lecture. Finalement, "La petite fille de Monsieur Linh" de Philippe Claudel est allée se reposer sur mes étagères le temps pour moi de regarder par les fenêtres du "Windows on the World" de Frédéric Beigbeder. Je n'ai jamais rien lu de cet auteur, ma connaissance du personnage se limitant à ses apparitions médiatiques un peu fumeuses et à sa plume décalée dans l'inénarrable "Voici". Rien de bien transcendant à vrai dire.
La tragédie du 11 septembre 2001 étant encore une plaie douloureuse en moi (ne me demandez pas pourquoi, je ne le sais pas moi-même), j'ai picoré, un peu perplexe, les citations distillées au début du roman. Pourtant, dès les premières pages, je fus happé par le style, l'intelligence, et la justesse des mots. Déjà, la rémanence de quelques phrases vient imprégner mon esprit de sensations diffuses. Je ne pourrais vous en dire plus, puisque je m'éveille à la lecture de ce livre. L'ayant refermé ce matin sur ces vers d'un poème de Whitman, je tenais à les partager avec vous :
"Nuages je suis monté au milieu de vous pour me rendre aux continents lointains et descendre avec vous, en pluies précises,
Souffles du vent j'ai soufflé en même temps que vous,
Et vous, vagues, semblablement j'ai caressé avec vos doigts liquides les rives les plus reculées,
J'ai parcouru la route que parcourent toutes les rivières, tous les canaux du globe,
Je me suis tenu debout au promontoire des péninsules et depuis les hautes tables rocheuses j'ai crié :
Salut au monde !"

Vos commentaires

1 Le Vendredi 3 Fevrier 2006 à 16:05 GMT+2, par Henri-Pierre

Comme la description de ton plaisir de lire est identique à la mienne. J'en suis déconcerté.
Magnifique citation.

2 Le Vendredi 3 Fevrier 2006 à 16:08 GMT+2, par nicolas

Mon plaisir personnel, c'est le choix et l'achat... je peux passer des heures au Virgin à prendre, reposer, aller plus loin... revenir, reprendre. Me laisser tenter par une couverture (c'est pas bien, je sais), par une citation, un bout de page, "humer", réfléchir... attendre un autre jour, tenter des expériences... un bonheur !

3 Le Vendredi 3 Fevrier 2006 à 16:26 GMT+2, par Giorgino

Moi aussi j'adore faire ça Nico... D'ailleurs, Windows on the world, je l'ai acheté comme ça, en flanant dans le Virgin de Barbès... J'aodre regarder toutes ces couvertures qui se font désirantes ou repoussantes... J'adore toucher le livre, le prendre en main, me ballader quelques temps comme ça, avec plusieurs bouquins, pour finalement n'en garder qu'un ou deux... Ah, ces bonheurs simples que la lecture procure !!! On en devient fétichiste lol

4 Le Vendredi 3 Fevrier 2006 à 18:43 GMT+2, par Jim

Mêmes impressions sur le sieur Beigbeder (?) : méfiance d'abord et puis vrai plaisir de la lecture avec notamment 99 francs et aussi un roman moin connu "L'amour dure trois ans"... je te le conseille...

5 Le Vendredi 3 Fevrier 2006 à 22:41 GMT+2, par Suzette Jones

Hé y'a Lireplus qui a écris un article sur Beigbeder ! J'avoue avoir le même vice que vous, humer le papier (jamais je pourrai lire un roman sur PC), tourner délicatement les pages (plus passionément des fois) et à la fin d'un livre, le refermer religieusement (même quand j'ai pas aimé) et recommencer le rituel : en choisir un autre (que j'ai chez moi, j'en achète plein et je suis loin de les avoir tous lu) en mettant le marque page à la première page... et attendre de commencer... c'est sensuel non la lecture ?!

6 Le Samedi 4 Fevrier 2006 à 10:51 GMT+2, par Ste

Je vous envie tous autant que vous êtes!!!
Je n'y arrive pas...je n'ai pas cette patience de découverte...le courage de me pauser...et donc je passe à côté de beaucoup de choses...c'est pourtant pas la faute d'avoir essayer, mais je n'aime pas lire...cette envie quand elle arrive est très fugasse dans ma vie...elle est très périodique...
Aussi je réserve la lecture a des besoins professionnels...
Pourtant j'en ai dévoré des bouquins...mais ils se comptent sur les doigts de mes mains...bah c'est ainsi...je vous envie!

Cette photo est magnifique? Ce mot veut-il encore dire quelque chose quand on regarde tes photos Giorgino!!! A force de trop employer un mot, on finit par en user sa sigification!
Quelle belle colonne vertébrale bétonnée!! La cité grandit et s'érige sous cette voute atmosphérique étonnement clémente!

7 Le Samedi 4 Fevrier 2006 à 15:03 GMT+2, par nicolas

Virgin Barbès, c'est tout à côté de chez moi ! On s'est déjà croisé là-bas, alors...

8 Le Mardi 7 Fevrier 2006 à 02:24 GMT+2, par Jean-Yves

"L'un des petits bonheurs fugaces que j'éprouve lorsque je termine la lecture d'un bouquin, c'est la perspective d'en commencer un autre" : je me retrouve totalement dans ce que tu écris là...

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