Larmes d'étoile
Aujourd'hui, les pensées sont un peu en vrac, conséquence d'une nuit encore passée à lutter contre d'affreuses idées. Au réveil, l'esprit embrumé, l'œil hagard, je croisais le regard franc et lumineux de mon compagnon d'infortune. Lui adressant un bref sourire, je décidais sur le champ de parler de lui sur mon blog, de vous présenter celui qui partage mon lit en ce moment et qui m'a permis, cette nuit, de retrouver un peu de calme, blotti au creux de mon épaule. Tant pis pour les psychanalystes et vive la "régression compensatrice" : je voulais tout simplement parler de mon nounours, mon plus vieil ami, ce fidèle copain pas rancunier pour deux sous. Jugez plutôt : il ne m'en veut même pas d'avoir séjourné de longues années dans le placard. Et bien, nounours a fait son coming-out.
Il ne ressemble plus à grand chose, son petit museau autrefois tout blanc s'apparantant de plus en plus à une vieille baudruche ratatinée, ses flocons de mousse s'échappant par pincées hémorragiques de son corps meurtri. Mais son regard est toujours aussi limpide. Enfant, j'étais persuadé qu'il possédait toutes sortes de pouvoirs magiques, dont celui de communiquer les rêves et d'éloigner les cauchemars. J'avais trouvé, grâce à lui, la clé des songes : je me couchais sur le côté, j'enfouissais ma tête sous la sienne et aussitôt, par télépathie, il me transmettait mes douces rêveries. Peut-être voulais-je retrouver un peu de cette magie hier soir ?
Mais en commençant la journée, la brusque réalité m'a rattrapé, charriant son lot de mauvaises nouvelles. L'injustice, l'impuissance et la douleur portent en leur sein le sceau du destin. Un petit bout-de-chou, les yeux à peine habitués à la lumière de la vie, déjà frappé par la maladie et qui fait chavirer le cœur de toute une famille. Des amis qui partent, rejoignent les étoiles comme autant de larmes scintillant dans le firmament de nos tourments. Dans mes pensées enténébrées j'ouvre grand une porte pour écouter, apaiser, accueillir tous ceux qui ont besoin d'un peu de réconfort. Je n'ai que des mots à offrir, tendres bouquets de fleurs embaumant vos vies froissées…
Ce soir, je plongerai mes yeux dans son regard, et je lui dirai, doucement :
"malheureusement, il est des pouvoirs qu'aucun nounours au monde ne possède…"
Par giorgino, Mercredi 18 Janvier 2006 à 13:44 GMT+2 dans Divers (article, RSS)
Mais j'aime l'idée que notre conversation soit si passionnante qu'elle te fasse rater ton train.




