giorgino

La chevauchée humaine

La chevauchée humaine © Bruno Foret

Hier, j'ai passé une soirée en compagnie de gens formidables, des policiers dont le "dur" labeur ne leur permet pas si souvent de rencontrer des personnes comme moi, totalement incultes en ce qui concerne leur travail. Leur métier peut en faire des héros ou des salauds suivant le regard étriqué que certains veulent bien leur porter. Mais loin des clichés véhiculés par les séries télé, ce sont des gens ordinaires, terriblement humains, des gens simples que la vie a peut-être abîmé plus que d'autres.
Je ne suis pas prêt de les oublier.
Je ne les oublierai pas.
Ma mémoire est comblée de leurs sourires, leurs coups de gueule, leurs discussions animées et la profonde tristesse miroitant au fond de leurs yeux. Pendant les 2 heures que nous avons partagé, ils ont fait défiler sur l'écran noir de mon ignorance les images de leur vie gorgée de violence, leurs combats démesurés, leur douleur si poignante qu'elle en devenait mienne.
Caroline, la larme si discrète en balancelle à l'orée des cils, exprimant dans ses silences la souffrance d'être seule, d'avoir perdu les êtres qu'elle aimait tant, et me disant, hors-champ, le supplice de ne plus toucher une goutte d'alcool après s'être noyée dedans de longues années durant…
La fougue d'Antoine, son visage illuminé par un sourire immense, son "innocence" de gamin découvrant le monde et à qui le monde sourit en retour. Un monde pourtant trop vaste, trop sombre. Et partout, dans les rires à naître, dans le quotidien à venir, composer avec l'ardeur et le souvenir de ce Petit Lieutenant.
Ces gens, vous l'aurez peut-être compris, ont encadré ma vie le temps d'une parenthèse cinématographique. Caroline, c'est Nathalie Baye, bouleversante, inoubliable. Face à elle, Jalil Lespert donne vie à Antoine. Et au final, un regard magnifique, saisissant, qui interroge, émeut, accroche. Pas de musique dans la tête - il n'y en a pas dans ce long métrage - juste des mots et une vibrante humanité qui m'accompagnent encore.
Dans ce Paris glacé-froissé je ne peux que vous souhaiter de tenir compagnie, vous-aussi, au Petit Lieutenant.

Vos commentaires

1 Le Mercredi 14 Decembre 2005 à 16:09 GMT+2, par Henri-Pierre

J'ai adoré ce film giorgino, Mais aussi pour son Paris hanté de déchus en même temps inquiétants et bouleversants. Et pour les ennuis provinciaux provocant des soifs d'ailleurs où viennent se fracasser les espoirs.

2 Le Mercredi 14 Decembre 2005 à 17:07 GMT+2, par Giorgino

D'ailleurs, tous les rôles des SDF sont tenus par de vrais SDF... comme l'explique Xavier Beauvois, le réalisateur : "Quand tu mets un vrai SDF polonais face à Nathalie Baye, ça marche merveilleusement bien (...), aucun comédien de théâtre maquillé pour jouer un SDF ne peut faire comme s'il avait passé 25 ans dans la rue à faire la manche et à picoler. Impossible d'avoir ces dents, ce regard, c'est trop dur. Une vie de souffrance, ça ne peut pas s'imiter".

3 Le Mercredi 14 Decembre 2005 à 17:35 GMT+2, par Henri-Pierre

Y aurait'il des limites à l'art du comédien ?
Voila un sujet intéressant...

4 Le Mercredi 14 Decembre 2005 à 17:38 GMT+2, par souviens toi

Un Paris au visage ridé par cette dimension humaine cachée dans les profondeurs de ses rues....Un regard vrai de la vie profilé par ce magnifique texte...

5 Le Jeudi 15 Decembre 2005 à 07:56 GMT+2, par buzenval

C'est promis. J'irai voir le film aujourd'hui, même si j'ignore volontairement Mister Xavier Beauvois.

6 Le Mercredi 8 Fevrier 2006 à 10:36 GMT+2, par Clodomir

Ta photo est absolument fantastique !!

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