La chevauchée humaine
Hier, j'ai passé une soirée en compagnie de gens formidables, des policiers dont le "dur" labeur ne leur permet pas si souvent de rencontrer des personnes comme moi, totalement incultes en ce qui concerne leur travail. Leur métier peut en faire des héros ou des salauds suivant le regard étriqué que certains veulent bien leur porter. Mais loin des clichés véhiculés par les séries télé, ce sont des gens ordinaires, terriblement humains, des gens simples que la vie a peut-être abîmé plus que d'autres.
Je ne suis pas prêt de les oublier.
Je ne les oublierai pas.
Ma mémoire est comblée de leurs sourires, leurs coups de gueule, leurs discussions animées et la profonde tristesse miroitant au fond de leurs yeux. Pendant les 2 heures que nous avons partagé, ils ont fait défiler sur l'écran noir de mon ignorance les images de leur vie gorgée de violence, leurs combats démesurés, leur douleur si poignante qu'elle en devenait mienne.
Caroline, la larme si discrète en balancelle à l'orée des cils, exprimant dans ses silences la souffrance d'être seule, d'avoir perdu les êtres qu'elle aimait tant, et me disant, hors-champ, le supplice de ne plus toucher une goutte d'alcool après s'être noyée dedans de longues années durant…
La fougue d'Antoine, son visage illuminé par un sourire immense, son "innocence" de gamin découvrant le monde et à qui le monde sourit en retour. Un monde pourtant trop vaste, trop sombre. Et partout, dans les rires à naître, dans le quotidien à venir, composer avec l'ardeur et le souvenir de ce Petit Lieutenant.
Ces gens, vous l'aurez peut-être compris, ont encadré ma vie le temps d'une parenthèse cinématographique. Caroline, c'est Nathalie Baye, bouleversante, inoubliable. Face à elle, Jalil Lespert donne vie à Antoine. Et au final, un regard magnifique, saisissant, qui interroge, émeut, accroche. Pas de musique dans la tête - il n'y en a pas dans ce long métrage - juste des mots et une vibrante humanité qui m'accompagnent encore.
Dans ce Paris glacé-froissé je ne peux que vous souhaiter de tenir compagnie, vous-aussi, au Petit Lieutenant.
Par giorgino, Mercredi 14 Decembre 2005 à 15:21 GMT+2 dans Espace publicitaire (article, RSS)




