giorgino

Des illusions illusoires

Bzzz © Bruno Foret

Difficile «d’être» quand, seconde après seconde, la douleur enfle, se matérialise, devient sang à la place du sang, corps à la place du corps... L’esprit s’emmêle en même temps. Pas grand chose à faire sinon d’attendre, encore, que la vie se libère, que l’énergie circule de nouveau.
Je m’accroche, j’essaye de tenir le coup, je n’ai d’autre pensée qu’une guérison improbable. Dans mes veines coule désormais un fluide acide, un poison mortifère coagulant peu à peu ma volonté de vivre. L’hémorragie est inévitable. Mes passions, mes envies, mes plaisirs ont déserté mes artères et les mots, dont la mécanique simple articulait mes jours, se sont disloqués. La concentration, l’écriture, la parole même, tout s’est dérobé, escamoté, rogné. Depuis je recolle des fragments de moi.
Pourtant, ce début de blog est une victoire en soi. Il y a quelques mois, j’aurais été incapable d’aligner deux phrases cohérentes, et le fait d’accoucher d’une seule ligne de texte m’aurait fait souffrir le martyr. J'ai voulu fuir ce qui peu à peu me tuait, comme si la fuite ne donnait plus de corps à la douleur qui s'installait. Mais ce n'était qu'illusion. La douleur est restée, s'est nourrie de ce qui me constituait depuis toujours, ma pudeur, mes peines, ma fragilité.
Pour me sortir des machoires de l'étau, j'ai déposé ma souffrance sur le carrelage aseptisé d’une clinique privée. La médecine a vite collé ses étiquettes sur mon cas, et à coup de traitement on «m’illusionne». Merci, je vais mieux. Mais dans le fond, suis-je dupe ?

Vos commentaires

1 Le Jeudi 17 Novembre 2005 à 16:39 GMT+2, par Shade

La vie n'est qu'illusion... la question est de savoir si l'on en a ou non conscience.

2 Le Vendredi 18 Novembre 2005 à 11:25 GMT+2, par jpp

aaaargh, rien qu'à lire ces lignes on est glacé d'une souffrance inimaginable.
Du verre pilé passe en crissant dans mes veines et me déchire le coeur. Comment peut-on souffrir ainsi, et vivre cependant? Sourire, aller travailler, se raser, aimer, ..... Désolé, je n'arrive même pas à l'imaginer, aveu d'impuissance et d'égoisme. Mais pas d'insensibilité.
Il me semble me souvenir d'une autre vie où une autre personne qui était moi mais qui n'était pas soi-même (comprenne qui pourra) endurait de tels affres. Et puis Sidharta est venu le prendre par la main, avec son bon sourire, en disant que ce n'était pas grave, que la confusion était engendrée par l'esprit, celui-là même qui en souffre ! Il y a aussi de l'humour dans la maladie.
Depuis nous cheminons de concert, sur la voie du milieu (!), nous pleurons de la douleur qui recouvre le monde sans espoir et rions d'un rayon de soleil qui perce les nuages.
Bienheureux les simples d'esprits !

3 Le Vendredi 18 Novembre 2005 à 16:05 GMT+2, par Furyo75

Bonjour,

Ce témoignage sur ta souffrance me rappelle tellement ce que j'ai enduré mois aussi !

Mais tu le dis toi même : si, il y a quelques mois, tu n'étais pas capable d'écrire sur un blog, cela a changé aujourd'hui, ce qui montre que tu veux DIRE, témoigner de cette souffrance et que tu es capable de le faire.

C'est énorme. C'est peut-être par là que les choses vont changer. DIRE ! DIRE, encore ! Jusqu'à ce que cette souffrance soit terrassée, jusqu'à ce qu'elle laisse de la place à autre chose.

Tu n'es pas dupe de la médecine. Elle ne sait pas prendre en charge cette souffrance. Les pilules qui font "aller mieux" n'ont d'effet que tant qu'on les prend. Elles peuvent avoir des effets secondaires, parfois totalement opposés au but recherché.

Sache qu'il existe d'autres moyens d'affronter sa souffrance, de tenter de la transformer. Pour cela, il faut la regarder en face, l'étudier sous toutes ses coutures et la dire, pour ne pas dire la vomir.

La parole libère, crois moi.

En écrivant sur ce blog, en témoignant de l'impensable de ta souffrance, tu cherches à te libérer.

Continue : tu es sur la bonne voie.

En ce qui me concerne, j'ai fait le choix d'entamer une psychanalyse. Cà m'a permis de mieux me connaître, de comprendre cette souffrance, son pourquoi, ses sources. Cela m'a donné les moyens de ne plus me laisser vaincre par elle, de la contrôler.

Je pense, à la lecture de ton témoignage, que tu as les moyens de faire cette démarche.

Quoiqu'il en soit, mon message est le suivant : on peut s'en sortir. Il faut, pour cela, s'en donner les moyens, quitte à se faire aider.

Très cordialement.

4 Le Mardi 22 Novembre 2005 à 23:07 GMT+2, par Henri-Pierre

Mon commentaire portera sur les commentaires. L'illusion se nourrit peut être des empreintes de la réalité à moins que les réalités ne soient que l'impuisance trompeuse des illusions...
Un fait reste, et c'est le seul vrai : illusion ou réalités un regard vrai et avide d'aute(s) rend tangible ce qui est imprécis. c'est la dépréocupation de soi qui rend sa vérité aux autres et qui vous nourrit de lumière

5 Le Jeudi 1 Decembre 2005 à 16:37 GMT+2, par lionel

Oui, on peut s'en sortir.
On efface pas les morsures du passé mais on apprends à vivre avec.
Comme toi, j'ai survécu et maintenant je me reconstruis.

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